Mon garçon, t’es joliment jeune. Ti connais pas encore que les amaricains aimont beaucoup plusse les cocodris que les Cadjins. Ein cocodri, ça compte pour quèque choge à Washington. Mais ein Cadjin ? Y z’ont jamais attendu parler de nous-aut’. Y diriont, “Ein Cadjin, quoi c’est ça ?”
Y semble que la dernière fois la compteuse de monde a pris le mauvais chemin par accident et elle a arrivée drète devant ma cabane à mon. Alle était tout surprise ! A m’a dit, “Qu’est-ce que vous faites là ?” J’ai dit, “Madame, j’sus après piocher dans mon jardin.” Alle a sorti sa liste de questions. A dit, “Est-ce que vous êtes amériain ?” “Ben non,” j’y ai dit, “Les Amaricains, ça reste au nord des Avoyelles, pis dans les aut’ états, pas par icitte. Alle était tout contente. A dit, “Que c’est magnifique ! J’ai découvert une minorité.” A dit, “Vous allez avoir droit à toutes sortes de privilèges. Je vais vous lire la liste des minorités reconnues par les États-Unis. Vous n’avez qu’à choisir.
Est-ce que vous êtes Noir?” J’ai dit “Non,” “Chinois?” “Non,” “Mexicain?” “Non,” “Puerto Ricain?” “Non,” “Amérindien?” “Non, j’ai jamais attendu parler de cette qualité de monde-là.” Been, a dit, “c’est la fin de la liste. Alors nous n¹êtes pas une minorité reconnue!” J’ai dit, “Madame, ti veux dire par ça que tous les Cadjins se ressemblont?” A dit, “Non, je veux dire que vous n’êtes pas une minorité. Que diable êtes-vous alors ?” J’ai dit, “Madame, à Bayou St-Pierre, tout le monde est Cadjin, Acadien.” A dit, “Non, pas possible. Ce n’est pas sur la liste. Le gouvernement fédédral à Washington n’a jamais entendu parler de vous.”
Pensez donc ! On est icitte en Louisiane depuis au-dessus de deux siècles et y z’ont jamais entendu parler de nous-aut. Le gouvernement envouaye le C.I.A. tout partout dans le monde pour sa’oir quoi-ce qui se passe, mais y z’ont jamais fouillé assez à Bayou St-Pierre pour nous découvert.
Alle a recommencé avec ses questions. A dit, “Es-ce que vous parlez une langue étrangère?” J’ai dit, “Ouais, l’Amaricain.” “Est-ce que vous êtes en Amérique depuis longtemps?” “Ouais, on est en Louisiane depuis au-dessus de deux sièc, mais on est en Amarique depuis plus de 396 ans. On était en Amarique avant les Amaricains.” A dit, “Quoi, vous étiez en Amérique avant les Américains?” “Ouais,” j’ai dit, “en Acadie.”
Alors, a dit “il n’y a plus de question. Je sais maintenant exactement ce que vous êtes. Vous êtes des sauvages !” J’ai dit, “Ouais, madame, asteur je connais exactement ça que t’es, toi itou. T’es eine couillonne !”
par David Émile Marcantel
Young fella, you still wet behind the ears, eh? Don’t you know that the Amaricans, they like crocodiles more than Cajuns. A crocodile is worth something in Washington. But a Cajun? Never heard about us. They’ll say, “Cajun? Whaddaheck is dat?”
Seems like the last time the “people counter” took awrong turn by accident and ended up right in front of me shack. Imagine her surprise! She told me, “What are you doing here?” I said, “Ma’am, I’m working on my garden. “She took out a list of questions. She said, “Are you amarican?” “Nope,” I said, “Amaricains keep north of the Avoyelles, and also in other States, but not here. She was so pleased with my answer. She said, “Wonderful! I discovered a minority.” She said, “You will be entitled to lots of privileges. I will read now to you the list of minorities recognized by the United States. Just pick one.
“Are you black?” I said “No” “Chinese?” “No” “Mexican?” “No” “Puerto Rican?” “No” “Amerindian?” “Nope, never heard of such a people.” Well, she said, “this is it. You’re not from a recognized minority.” I said, “Ma’am, you mean all Cajuns look alike, if you can’t recognize me?” She said, “No, what I meant is that you are not a minority. What are you, then?” I said, “Ma’am, in Bayou St-Pierre, everyone is Cajun, Acadien.” She said, “No, impossible. This is not on my list. The federal government in Washington never heard about you.”
Get this! We’ve been here for more than two centuries and they never heard about us! The government sends the C.I.A. all around the world to figure out what’s going on, but they never came as far as Bayou St-Pierre and discover us.
She took another shot at figuring me out. She said, “Do you speak a foreign language?” I said, “Yep, Amarican.” “Have you been in the United States for long?” “Yup, we’ve been in Louisiana for longer than two centuries, but we’ve been in America for more than 396 years. We were in America before the Americans.” She said, “What? You were in America before the Americans?” “Yep,” I said, “in Acadie.”
She said, “Got it. I know exactly what you are. You are savages!”
I said, “Well, ma’am, me too I know what you are, alright. You’re a jerk!”



